La fête des Fayes : le solstice d'hiver.
La fête du solstice d'hiver : la fête des fayes...
Une faye est un long morceau de bois qui va en grossissant et qui se termine en une énorme massue fendue de toutes parts ; dans les fentes sont introduites des lames de bois sec.
La préparation des fayes débute un an à l'avance puisqu'elles sont sculptées. Elles doivent s'enflammer vite et facilement, et se consumer lentement. Lors de la fête des fayes, qui est la fête du solstice d'hiver en terre vigneronne, les villageois se retrouvent autour d'un grand brasier où les fayes sont allumées, puis, chacun à son rythme, trace des cercles dans la nuit, c'est ce qu'on appelle tourner les fayes.
La fête est célébrée le soir de Noël à Château-Chalon (Jura) et la veille de l'Epiphanie à Mouthier-Haute-Pierre (Doubs). Du latin facula.

Noël au solstice
La fête de Noël n'est devenue fête de
A l'époque, on se soucia moins de l'exactitude de la date (L'abbé Duschêne reconnaît dans son ouvrage « Les Origines du culte chrétien » que l'année même de la naissance du Christ est incertaine... Quant au mois et au jour, ils sont absolument inconnus... Certains parlent même de la mi-mars !) que de sa coïncidence avec la célébration depuis Aurélien de la fête de Solis Invicti (soleil invaincu) et les papes ont voulu ainsi recouvrir la célébration païenne par celle de la naissance du Christ « lumière du monde ».
Le culte du feu
Dans l'Antiquité, les peuples indo-européens glorifiaient les solstices par de grandes fêtes dont l'élément central et symbolique était toujours le feu : grands bûchers dressés au sommet des collines pour le solstice d'été, feu dans l'âtre, roues enflammées dévalant les pentes, torches portées à bout de bras, bougies fixées sur le chandelier de JUL... Ce feu est le symbole de la vie qui se perpétue au milieu des nuits froides de décembre durant lesquelles la nature semble retenir son souffle dans l'attente de la renaissance solaire.
D'ailleurs, il est fait mention de ce culte du feu chez les Dryens, les Germains, les Celtes et les Scandinaves, mais aussi chez leurs héritiers grecs et latins qui avaient prescrit des règles strictes : par exemple, on ne pouvait alimenter le feu sacré avec toutes sortes de bois et l'on ne devait rien y jeter d'impur.
Les Celtes, qui peuplaient nos régions dès le Ve siècle avant Jésus-Christ, ont profondément influencé les traditions et le Soleil devint même le dieu souverain Lug (le lumineux). C'est la roue qui symbolise le monde du devenir, de la création continue, des cycles et des renouvellements. Le thème de la roue, qui représente depuis la plus haute Antiquité la source créatrice, est fréquemment utilisé pour célébrer les grandes fêtes solaires et l'on comprend pourquoi nos ancêtres, très attentifs à la course du Soleil dans le ciel, célébrait avec ferveur le solstice d'hiver.
La fête des Fayes
Noël restera à jamais la fête du Solstice et dans la nuit la plus longue de l'année, alors que l'hiver, le froid, la neige et le gel ne doivent jamais devoir finir, dans cette nuit unique et terrifiante, nos ancêtres ont refusé de croire à la mort du Soleil. Ils portaient en leur cœur la certitude du printemps et de la vie, ils l'ont manifestée à travers des rites dont l'un encore en notre région : les Fayes.
Ce chant de Noël à la gloire du Soleil n'a jamais cessé dans le petit village de Château-Chalon, et Marie-Thérèse Giboudeau comme André Lacroix ont toujours tourné leur faye. Au soir du 25 décembre — un peu avant 20 heures — un feu illumine le « grand-cour » qui domine la vallée... pas de guichets... on entre directement dans la fête... Les curieux sont déjà là tandis que les villageois rejoignent en famille le grand belvédère, chacun portant sa faye. Ils sont tous là ou presque.
Sur ce promontoire qui domine la vallée de
La faye n'est autre qu'une bûche de tilleul de 60 à
Mais la plupart de ces amis d'un soir ont préparé la fête depuis plusieurs semaines déjà. Il a fallu couper quelques branches de tilleul, qui ne sont pas légion sur le territoire communal. Les plus anciens préparent la faye à la serpe et à la tarière, tandis que d'autres les réalisent à la scie ou encore au tour à bois ! Le séchage s'effectue avec minutie au coin du feu ou, depuis plus longue date, dans le bûcher.
On se presse autour du brasier pour enflammer la bûche et c'est à qui illuminera le plus beau Soleil pour combattre cette nuit.
Sur les coteaux voisins, les feux deviennent plus généreux et donnent naissance à des centaines de lucioles. Les habitants de chaque bourg, et même de certains hameaux, ont rejoint le point culminant du territoire, et, quelques minutes durant, la fête des Fayes bat son plein.
Jusqu'au début des années soixante-dix, seuls quelques habitants du village de Château-Chalon étaient attachés à ce rendez-vous annuel et continuaient à tourner ces torches qui avaient même inquiété l'occupant durant la dernière guerre. Jusqu'à la naissance des « Amis de Château-Chalon », on ne donnait ni heure précise ni signal de départ. Chaque famille se rendait sur le cour à leur retour de la fromagerie, « on tournait notre faye et puis on rentrait chez nous en croisant toujours les mêmes retardataires », nous raconte Mme Giboudeau, qui ne se rappelle pas avoir manqué une seule fois cette pratique qui nous vient du fond des âges. « On faisait même tourner les petits enfants en les portant pour que la bûche ne touche le sol. »
Depuis, le Foyer rural a redonné à cette tradition millénaire, qui s'est réveillée ponctuellement à Plainoiseau, Montain, Voiteur, Le Louverot, Granges-sur-Baume et Blois-sur-Seille, mais qui se prolonge à Blandans, Brery, Arlay, Saint-Germain, Toulouse-le-Château, Domblans et Ménétru-le-Vignoble. La lumière jaillit des coteaux et ce sont des centaines de soleils qui aujourd'hui naissent dans la nuit autour de Château-Chalon le soir du 25 décembre.
Mais déjà chacun a tourné sa faye (une faye se consume entre 10 et 15 minutes), on se raconte la dernière histoire de chasse en caressant le verre de vin chaud offert par les amis, tandis que les dernières torches sont jetées dans la vallée. Une fête qui se renouvelle avec la même vigueur et, dans la plupart des cas, avec la même simplicité : tel était l'esprit des tourneurs d'antan.
Quelques-uns fabriquent encore leurs fayes
Tout d'abord, il faut un morceau de tilleul, de 60 à
D'abord, un coup de scie pour délimiter la boule qui, au bout du manche, évite de laisser échapper la bûche lorsqu'elle tourne et puis, à la serpe, on ébauche la poignée afin de l'avoir bien en main. Ensuite, on la termine à la plane afin de mieux la lisser. On réalise la boule à la serpe d'abord, puis au couteau, certains vont même jusqu'à la polir à la râpe. Et puis on retourne la bûche, car c'est de cette seconde préparation que dépend la qualité de la faye. Tout d'abord, avec une tarière, on creuse à l'intérieur de la bûche un trou de 25 à
Ainsi achevée, on entrepose la faye au coin de la cheminée ou derrière la cuisinière jusqu'à Noël. Là, bien séchée, elle va s'ouvrir en un léger éventail ; elle ne brûlera que mieux le soir du solstice, pour invoquer le retour du Soleil.
Au-delà des frontières
La tradition des solstices a survécu dans de très nombreux pays d'Europe et cette fête donne lieu à des usages très anciens, comme dans les pays Scandinaves. Dans certaines régions d'Allemagne et des Pays-Bas, les enfants se promènent avec des lanternes en chantant des couplets à la gloire de la lumière. En Italie, en plus des feux solsticiaux, on voit même brandir des disques enflammés, comme au Tyrol ou en Suisse romande. Si en Espagne la coutume du feu de joie semble à peu près inconnue, au Portugal les habitants de certaines régions accrochent aux branches des arbres diverses figurines annonçant Noël ; elles sont ensuite brûlées devant l'église du village.
Dans d'autres provinces, c'est un arbre entier que l'on brûle sur la place du village aux douze coups de minuit, et l'on saute au-dessus du brasier qui jette ses flammes dans la nuit.
La ronde des feux s'élargit bien au-delà de nos frontières, mais il est peu de régions françaises qui célèbrent avec assiduité cette survivance d'une fête millénaire.

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